mercredi 23 août 2006

SOPHISMES ET PENSÉE MAGIQUE DES LEADERS INDÉPENDANTISTES

À l’aube d’une campagne électorale provinciale où la question nationale sera très certainement un enjeu crucial, il m’apparaît opportun de rappeler quelques sophismes ou certains éléments relevant de la pensée magique du discours des ténors du mouvement indépendantiste. Je ne prétends pas ici faire preuve d’originalité, certes. Bien d’autres l’ont déjà fait avec beaucoup plus d’éloquence que moi ! Mais il peut être utile quand même d’en rappeler quelques-uns.

L’une des pires âneries qu’on nous ressasse à l’envi veut que l’accession à l’indépendance du Québec se ferait tout naturellement, sans heurts. À entendre des partisans de la souveraineté, la création du nouveau pays ne provoquerait, au pire, que quelques soubresauts bien éphémères. Le manque de courage des leaders indépendantistes à ce sujet est flagrant.

Attention ! Je ne suis aucunement favorable aux vieilles tactiques de peur pour contrer le discours indépendantiste. Utiliser ces arguments relèverait de la plus pure démagogie qui soit et constituerait une insulte à l’intelligence de l’électorat. Tout le monde ou presque convient maintenant qu’un Québec souverain serait certainement viable économiquement et réussirait sans aucun doute à tirer son épingle du jeu beaucoup mieux que bien des pays dans le monde, malgré que son niveau d’endettement serait certainement l’un des plus élevés de la planète. Là n’est pas la question !

Il parait indéniable que l’avènement d’un Québec indépendant causera des désordres socio-économiques importants durant un certain nombre d’années suivant la déclaration d’indépendance et ce même si les négociations se déroulaient dans un contexte favorable, dénué d’animosité (ce dont je doute). Le Québec ne pourra certes pas prendre à sa charge du jour au lendemain toutes les responsabilités fédérales sans qu'il n'en résulte un certain chaos. On n’a qu’à songer aux difficultés qui ont suivi le changement de juridiction du congé d’assurance-parentale au tout début de 2006; ce fut le chaos pendant quelques semaines. Rappelons-nous aussi que le transfert de responsabilité de la formation de la main-d’œuvre au gouvernement du Québec a aussi provoqué son lot de difficultés. Et on voudrait nous faire croire que le Québec assumerait de toutes nouvelles responsabilités sans avoir à composer avec un cafouillage administratif ? Affirmer le contraire relève, soit de la pensée magique la plus pure, soit de la mauvaise foi, soit du mensonge. Bien sûr, les Québécois ont la capacité de s’acquitter de toutes les missions d’un État souverain. Je fais confiance à leur intelligence. Mais les leaders souverainistes devraient avoir l’honnêteté d’admettre qu’il faudra un certain temps pour que le nouveau pays fonctionne normalement. Oser évoquer des « turbulences » provoque les protestations les plus véhémentes de bon nombre des principaux promoteurs de l’indépendance. Mme Pauline Marois l’a appris à ses dépens lors de la dernière campagne au leadership du Parti Québécois. Elle a dû se atténuer son discours par la suite.

Un autre sophisme des indépendantistes consiste à nous faire croire que les négociations se dérouleront dans un climat serein parce que le reste du Canada n’aura pas le choix; des enjeux trop importants étant en cause. Ce genre d’affirmation ne tient pas debout. Bien sûr, les enjeux seront très importants ! Mais, je ne crois pas me tromper beaucoup en avançant que le Canada « anglais » démontrera, si ce n’est de l’animosité, du moins une profonde amertume dans ses négociations avec la province sécessionniste. Cela m’apparaît d’autant plus clair que ce « nouveau Canada » sera partitionné puisqu'un Québec indépendant couperait les provinces maritimes du reste du Canada. Les leaders souverainistes misent sur la rationalité des Canadiens anglais et essaient de nous faire croire que ces derniers tairont leur ressentiment. Pour qui ces leaders nous prennent-ils ? Je suis persuadé qu’il y aura des négociations car le Canada n’aura pas le choix de négocier, mais elles seront longues, ardues et probablement pas du tout « amicales ». Je ne suis pas sûr que le Québec sortira gagnant par rapport à la situation actuelle, loin s’en faut !

Un autre refrain que les ténors de l’indépendance nous chantent veut que les citoyens d’un Québec souverain conserveraient la citoyenneté canadienne. Autrement dit, nous aurions le meilleur des deux mondes; le beurre et l’argent du beurre en quelque sorte ! Comme argument douteux, on nous souligne que le Canada autorise la double citoyenneté. Il est vrai que le Canada la permet, mais ce privilège ne pourra pas être invoqué dans le cas de la sécession d’une des entités du Canada. Après tout, le Canada est tout à fait en droit juridiquement de décider qui peut se voir octroyer la citoyenneté ou qui peut la conserver, n’est-ce pas ? Le minimum de décence et d’honnêteté veut que les principaux promoteurs de la souveraineté disent à l’électorat québécois qu’aucune garantie ne peut être donnée au regard de la citoyenneté canadienne si le Québec accédait au concert des nations souveraines.

Voilà donc quelques-unes de vues de l’esprit qu’on nous radote depuis tant d’années ! En tout cas, comptons sur Jean Charest pour talonner André Boisclair là-dessus et sur bien d’autres utopies ou fadaises du genre durant la prochaine campagne électorale !

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