samedi 7 avril 2007

UNE ÉLECTION INOUBLIABLE

Même si on a souvent tendance à qualifier "d'historique" un événement qui se révèle, en fin de compte, sans grande importance, on peut certes sans se tromper dire que l'élection québécoise du 26 mars dernier mérite amplement ce qualificatif. Ce genre de scrutin qui débouche sur des résultats qui bouleversent complètement un échiquier politique ne se voit que trois ou quatre fois dans un siècle, tout au plus. En élisant un nombre étonnamment élevé de candidats adéquistes, les Québécois ont parlé et ont parlé fort. Ils renvoient ainsi dos à dos les deux "vieux partis" politiques traditionnels que sont le Parti Libéral et le Parti Québécois. Les électeurs ont clairement démontré leur volonté de sortir du bourbier infernal qu'est devenue la politique québécoise au cours des trente dernières années.

En choisissant d'envoyer un fort contingent d'adéquistes à l'Assemblée nationale, l'électorat québécois a clairement démontré sa volonté de s'affranchir de la sempiternelle confrontation entre ces deux formations politiques au sujet de la question nationale, confrontation qui mobilise depuis trop longtemps les forces vives du Québec au détriment d'enjeux aujourd'hui beaucoup plus importants. Comme bon nombre de commentateurs expérimentés l'ont déjà souligné dans leurs éditoriaux ou leurs chroniques, les libéraux et les péquistes n'ont pas été capables de lire correctement l'humeur de l'électorat et n'ont pas su détecter que ces derniers désiraient passer à autre chose.

Pour leur part, les libéraux, insensibles au taux élevé d'insatisfaction de la population, ont choisi la mauvaise stratégie de campagne en misant essentiellement sur leur bilan. Les péquistes et leur chef André Boisclair, coïncés par leur feuille de route, ont dû s'engagner à tenir une "consultation populaire" sur l'indépendance le plus tôt possible durant leur mandat. Ils allaient ainsi délibérément à l'encontre d'une large majorité de l'électorat qui ne voulait pas la tenue d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Curieusement, le pourcentage du total des voix recueillies par les libéraux et les adéquistes correspond à peu de près à la proportion des répondants qui, lors de sondages, disaient ne pas vouloir d'un autre référendum.

Je n'ai pas voté pour l'une ou l'autre des trois principales formations politiques. J'ai accordé mon appui au Parti Vert, notamment parce que je connaissais le candidat et parce que je croyais qu'il nous aurait fait un bon député. Par contre, je ne suis pas mécontent du résultat. Les adéquistes auront l'occasion de faire leurs classes comme opposition officielle. S'ils jouent bien leurs cartes et s'ils assument leur rôle d'opposition officielle de manière responsable, nul doute qu'ils accroîtront leurs chances de gagner les prochaines élections. En outre, il y a fort à parier que, flairant l'odeur du pouvoir, les candidatures de prestige se bousculeront aux portes pour tenter leur chance de remporter l'investiture dans bon nombre de circonscriptions. Par ailleurs, les adéquistes auront intérêt à se doter d'un programme bien articulé, réaliste et comportant des mesures qui ne semblent pas improvisées (ex : l'abolition des commissions scolaires).

L'élection que nous venons de vivre s'apparente tout à fait à ce que les politologues appelent une "élection de réalignement". Une élection de réalignement se produit quand un parti, porté par une nouvelle génération, parvient à supplanter une formation politique promue par une précédente génération. En fait, à mon avis, l'élection du 26 mars s'intègre dans une phase de réalignement qui comprendra probablement 2 ou 3 scrutins. À titre d'exemple, la dernière phase de réalignement partisan au Québec s'est produite au cours de la période 1970-1976 qui a vu le Parti Québécois remplacer graduellement l'Union Nationale. En fin de compte, l'ADQ pourrait très bien être ce nouveau parti générationnel qui remplacera l'une des deux autres formations politiques dans un nouveau système bipartisan. Cette montée d'un nouveau parti au tournant des années 2000 avait été prévue en 1986 par l'éminent politologue Vincent Lemieux.

À mon humble avis, il s'avère plus que probable que le Parti Québécois soit la formation politique qui sera remplacée par l'ADQ, à moins que les péquistes ne modifient radicalement leur programme. En effet, les résultats de l'élection doivent amener le Parti Québécois à réfléchir sérieusement, non seulement à son programme, mais aussi à son option fondamentale. Tout devrait être sur la table. Évidemment, l'idée de faire du Québec un pays ne disparaîtra probablement jamais. C'est un souhait légitime et ses partisans ont parfaitement le droit d'en faire la promotion. Généralement, l'immense majorité des indépendantistes le font d'une manière responsable et respectueuse des partisans du fédéralisme. Cela étant dit, il leur faudra se demander si cet objectif est toujours pertinent dans le contexte actuel. Je suis convaincu que la grande majorité des Québécois répondrait non à une question très claire portant sur l'indépendance pure et simple du Québec (sans concept d'association ou de partenariat quelconque).

Il suffit de se promener sur les forums indépendantistes pour découvrir qu'une bonne part des militants péquistes souhaite une radicalisation de la démarche menant à la souveraineté. Cette radicalisation se traduit notamment par le désir de tenir une élection référendaire. On a pu le constater aussi dans la récente proposition de M. Louis Bernard d'axer entièrement le programme du Parti Québécois sur la souveraineté. Si le Parti Québécois se dirige vers cette voie, celui-ci s'engagera vers la marginalisation.

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